Partager l'article ! MA VILLE: Y’en a qui en font le tour, la traversent de part en part. La coupent en son milieu comme une flèche transperce le ...
| Mai 2012 | ||||||||||
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Y’en a qui en font le tour, la traversent de part en part. La coupent en son milieu comme une flèche transperce le cœur. Qui se rejoignent au centre, là où tout est plus dense. Puis qui s’espacent, se disent au revoir avant de partir chacun dans leur direction. Quitter les immeubles, retraverser les routes, retrouver les jardins des pavillons de banlieues.
Loin de la ville, il y a les champs, et à perte de vue, le silence. La civilisation se répand par petites touches, et n’a pas atteint les campagnes. Ici, le temps passe lentement. Les familles vivent ensemble depuis des générations,liées par l’amour et l’habitude. Ceux qui ont refusé l’exode et l’attrait de la grande ville restent attachés à leur terre. Planter, semer, et voir les efforts récompensés l’année d’après. Patient et éternel effort. Chaque jour est différent, chaque année est unique. Et les campagnards restent là, gratifiant de leur présence la terre qui les nourrit. Les générations suivent, le fils aîné reprend le flambeau, par choix ou par défaut. Et le cycle continue.
Un jour, le fils s’assoit à la table de bois. D’une voix douce, il dit à ses parents fermiers qu’il ne veut pas de leur vie. Qu’il veut partir vers la grande ville. Retrouver un cousin, une tante, les promesses d’une vie différente. Les parents s’attendaient à entendre ce discours. Eux-mêmes avaient eu l’attrait de la tentation urbaine à l’époque. Mais ils savent que le fiston court à sa perte. Qu’il va s’user plus vite, au corps et à l’âme. Que ses illusions ne tiendront pas face à la réalité. Il partira quand même, suivre son chemin. Il s’apercevra vite de la dureté de son choix. Il oubliera ses rêves au fur et à mesure, dans le quotidien qui rattrape toujours. Il passera sa vie dans le béton et l’ennui, sans jamais se plaindre. Et puis, un jour, il reviendra sur ses terres. Retrouver le silence et la mesure du temps. Regarder l’aube se lever sur la fin de sa vie. Prendre enfin la relève du père. Se souvenir une dernière fois de sa vie, de sa ville. Sans un regret, sans un remord.