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Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /Mai /2009 14:52


 

Le monde appartient

A ceux qui se lèvent tôt

Ou plutôt

A ceux dont les employés se lèvent tot

 

Le monde ne t’appartient pas

Pas plus qu’il ne m’appartient            

A moi

 

Mais quand je vois la rue grouillante de monde

L’égoisme qui suinte des visages

La peur qu’on entend,

Dans le battement des coeurs

 

Je me dis que le monde

Passe un mauvais quart d’heure

Et que la vie se meurt

En tout point de la terre

 

Et quand j’entends les phrases fatalistes

Le negativisme, le negationnisme

Les neo-prophetes et leur apocalypse

Je me dis qu’ils n’ont pas tout à fait tort

 

Le monde appartient

A ceux qui en veulent bien

Mais les bonnes volontés

Sont bonnes à brader

 

Pour la nouvelle année,

J’ai pris de bonnes révolutions

Le stylo dans une main

La barre à mine dans l’autre

 

Le pouvoir appartient à l’argent

Mais l’argent n’a pas d’odeur

En tout cas, pas celle de la sueur

 

Les prises de décisions

Aux conseils d’administrations

Des vies qu’on dilapide

Comme on joue au loto

 

Des histoires qu’on lit

Avec un oeil avide

Dans le coin d’un journal

Rubrique faits divers

 

Les histoires qui n’arrivent qu’aux autres

La déchéance, les destins brisés

Les lendemains qui n’arrivent jamais

Et le regret du passé

 

Le monde ne t’appartient pas

Pas plus qu’il m’appartient

A moi

 

Alors si tu veux l’emprunter

Essaye au moins de le protéger

Ramasse donc tes déchets

Agis enfin en dignité

 

La terre ne t’a pas élevée

Nourrie, blanchie, logé

Pour que tu la laisses crever

Sans le moindre scrupule

 

Tu te laisses-aller

« les autres n’ont qu’à s’en occuper »

ta conscience collective

cède la place

à la folie individuelle

 

Le monde t’appartient,

Autant qu’à moi

Mais quand tu le touches,

C’est moi que tu aggresses

 

Et quand tu te laisses

Gagner par la facilité

Tu tombes rapidement

Dans la médicorité

 

Le monde t’appartient

Et tu le brises

Entre tes mains

 

Le serrant fort à la gorge,

L’essorant,

Jusqu’à le vider de son jus

 

Le monde m’appartient

Et tu le maltraites sans fin

Comme un enfant capricieux

Sans en comprendre l’enjeu

 

Le monde appartient

A celui qui le veut

Tu as le pouvoir à portée de main

En changer la face

Pour le faire survivre

Encore un jour ou deux

 

Par Laurent Briet
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Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /Mai /2009 14:48

Natacha est championne du monde de descente d’escalier. Elle s’en est fait une spécialité. Jamais la montée. Non, ça, c’est pour elle un long moment pénible, pendant lequel elle sent ses genoux fléchir sous son poids et la paume de ses pieds décoller difficilement d’une marche à l’autre. Pendant la montée, elle se prépare psychologiquement pour la prochaine descente, qui ne manquera pas de venir après le prochain col.

Natacha garde ses forces pour la descente.

 

Arrivée au sommet de l’escalier, elle aborde sereinement le passage plat qui s’offre à elle. Elle accélère le pas progressivement jusqu’à amorcer la descente. Ici commence son territoire. Elle respire un bon coup, soulève sa poitrine et regarde en contrebas. Les marches s’étalent devant elles, grises et rugueuses. Elles sont toujours là et non pas bougé d’un pouce. Natacha se lance alors.

Cette portion du métro présente un dénivelé d’une trentaine de mètres. C’est plus que d’habitude. Mais c’est peu pour Natacha, tant elle est rapide à descendre. Elle avale les marches deux à deux. Aspirée dans son mouvement, elle accélère encore le rythme. Dix marches, un peu de plat, puis encore dix marches. Sa foulée est régulière et s’adapte au terrain. Elle passe devant les autres concurrents, les esquive avec souplesse, modifie sa démarche pour les éviter puis accélère de nouveau.

L’arrivée se profile à l’horizon. Légère et vive, Natacha saute maintenant les marches trois à trois puis quatre à quatre. Elle n’a plus de limite. Concentrée et décontractée, elle saute enfin à pieds joints sur le sol, avant de continuer sa marche. Championne du monde, une nouvelle fois. Natacha écrase la concurrence. Elle les avait tous laissés sur le carreau, ils n’avaient pas pu la suivre.

Elle marche maintenant d’un pas soutenu, un sourire satisfait au coin des lèvres. Elle n’a pas de chronomètre, ni de brassard, mais c’est bien elle la meilleure. Dans les longs couloirs désespérément plats, Natacha guette la nouvelle descente. Il n’y a que des montées devant elle. Natacha rechigne à faire cet effort, malgré la promesse du plaisir de la descente. Elle ne détourne pas son chemin et continue tout droit. Au bout, une dernière montée, qu’elle emprunte avec lourdeur et patience. Autour d’elle, les gens la dépassent, mais elle les rattrapera dans la descente.

Arrivée au sommet, elle commence à descendre, et laisse le poids de son corps l’entraîner dans le vide. Sa démarche est ample et sereine, elle connaît bien le parcours. Elle est presque en bas et déboule à toute vitesse. Elle va battre le record quand, derrière elle, surgit une jeune fille. Cette dernière pose en premier son pied sur le sol et coiffe Natacha sur le fil. Celle-ci marque un temps d’arrêt, le temps de réaliser l’affront qui lui est fait. Aujourd’hui, Natacha a perdu. Du regard, elle retrouve l’inconnue, et commence à la suivre, l’esprit revanchard.

A la prochaine descente, elle reprendra son titre.

 

 

 

FIN

Par Laurent Briet
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Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /Mai /2009 14:48

Qu'elle était belle, Nadine. La plus belle fille de la terre. C'était inscrit dans son sourire, et dans l'éclat de ses yeux. Tu ne me crois pas ?  Tu trouves que j'exagère ? Que c'est toi la plus belle fille du monde, ta femme, ta sœur ou ta mère ? Tu ne sais pas la chance que tu as.
 
Elle se trouvait belle, Nadine, et sa beauté était écrite en lettres d'or dans ses cheveux. Elle savait qu’elle était belle. Elle le voyait bien dans le regard des hommes qui se retournaient sur son passage et qui la suivaient pendant quelques mètres. Même le plus imbu d'entre eux, le plus sûr de lui se voyait intimidé devant cette beauté évidente qui lui sautait au visage, lui prenait les tripes et accélérait le rythme de son cœur.
Elle se trouvait belle, Nadine, et elle jouait de sa beauté. Combien d'hommes à ses pieds, qui lui promettaient pêle-mêle bijoux, voyages, mariage de rêve et baisers par milliers ?
Elle leur laissait un espoir, une petite porte ouverte vers son cœur dans lequel ils ne manquaient pas de s'engouffrer. Et puis, un jour, quand ils étaient "à point", dorés, prêts à craquer, elle se refusait enfin à eux et allait butiner ailleurs quelque mâle admiration.
On peut dire qu'elle en avait, des admirateurs. Qui se pâmaient, faisaient les beaux puis tombaient de très haut. On les ramassait à la petite cuiller et on mettait plusieurs mois à les ramener à la raison. 
 
Elle se trouvait belle, Nadine, mais pas encore assez. Alors, elle commença à penser à une opération. Tu te demandes bien pourquoi. Si l'on a tout, pourquoi vouloir plus ? L'être humain, est ainsi, éternel insatisfait, et Nadine était un être humain de première catégorie. 
A force d’y penser, elle se décida à passer à l’acte. Nadine avait beau adorer son physique, elle ne manquait cependant pas de complexes. Trop ci, trop ça, le tour de taille, le galbe de ses cuisses. Chacun de ses membres pouvait être amélioré. Nadine commença par modifier son nez. Elle trouvait le sien joli, mais préférait celui des magazines. Le chirurgien était une vieille connaissance. Il avait toujours admiré Nadine et était ravi de lui rendre ce petit service. L’opération se passa bien, Nadine était satisfaite du résultat. Les hommes affluaient de plus belle, la confortant dans sa décision. 
Nadine avait fait le premier pas et pouvait continuer sa réhabilitation esthétique. Elle releva alors ses sourcils. Ils s'intégraient déjà parfaitement dans son visage et mettaient en valeur ses yeux. Mais Nadine estimait qu'ils pouvaient être mieux dessinés. Son ami chirurgien émit quelques doutes mais accéda sans problème à la requête de Nadine. L’opération se passa bien, Nadine était très contente du résultat. Son regard captivait encore plus maintenant ; les hommes, à ses pieds, se pressaient pour l'admirer. 
Cela ne lui suffisait pas. Maintenant qu’elle avait goûté au laser, elle ne pouvait plus s’en passer.
Elle fit alors modifier sa bouche, la rendant plus pulpeuse. Puis ce fut sa poitrine, qui gagna une taille de bonnet, son fessier, ses joues. Chaque partie d’elle aurait contenté n’importe quelle femme au monde. Mais Nadine voulait modifier chaque membre de son corps  selon ses désirs de perfection. 
 
Le regard de son chirurgien évolua au fur et à mesure. Lui qui la trouvait si belle avant sa première opération émit de sérieux doutes quant au bien-fondé de ces opérations. A la vue du chéquier qui frétillait dans le sac Louis Vuitton de Nadine, il renonça pourtant à essayer de la convaincre d’arrêter ces modifications. De bonne grâce, il s'exécuta et donna à Nadine les traits qui lui plaisaient. Fossettes, mentons, fesses, seins, tous les membres de Nadine passaient par la table d’opération, et en ressortaient sous un autre aspect. L’admiration du chirurgien se transforma en effroi. Nadine, autrefois si belle, le dégoûtait maintenant.
Les opérations se passèrent bien. A l'issue de ces multiples sessions, Nadine se regarda dans la glace et se trouva enfin la plus belle. Son miroir était un faire-valoir qui la confortait dans son choix.
 
Les hommes, autrefois si délicats, la regardaient maintenant d'un autre œil. Ils avaient le regard fuyant et évitaient de la saluer. Ses proches même la trouvaient altérée. Son physique certes, mais aussi sa mentalité, qui avait changé. Nadine avait perdu sa beauté première au profit d'un assemblage maladroit et falsifié. 
La file des prétendants s’était transformée en une longue attente sans fin. Nadine était désespérée. La princesse était devenue moche. 
 
Elle tenta une ultime opération : tout refaire en marche arrière. Considérer les opérations comme des expériences, et revenir au point de départ. Dans l’absolu, ce genre de manipulation est faisable mais ici, le résultat fut effroyable. Le chirurgien retenait ses manifestations de rejet derrière son masque. L’opération dura plusieurs heures mais se passa bien. Par pudeur, Nadine n’osa pas se regarder dans la glace. Elle sortit dans la rue afin de faire apprécier le nouveau résultat à la face du monde, mais les regards se détournaient d'elle. Les gens la fuyaient, se cachaient les yeux, cachaient ceux de leurs enfants pour leur éviter cette vision d’horreur. 
 
Tu me croiras ou non, lecteur, mais Nadine s'est détruite. Sa beauté partie en fumée, derrière ses rêves de perfection. Elle a gâché ce qu'elle avait reçu à la naissance. Et pourtant, elle était belle avant.
 
A présent devant son miroir, Nadine voit la dure réalité. Son visage est déformé, défiguré, destructuré. Son corps n’a plus aucune cohérence. Délaissée, rejetée, elle n'intéresse plus personne maintenant. Et quand elle va voir des hommes, ils la fuient avec dégoût. 
Un matin, seule dans sa salle de bains, la princesse se coupe les veines avec un rasoir. Dernière cicatrice faite à son corps de rêve, celle ci est mortelle. Elle laisse un vide dans le cœur des hommes. Ceux qui ne la connaissaient pas mais qui aiment la beauté. Ceux qui la connaissaient et qui ne pouvaient pas lui résister. Ceux qui voulaient l’aimer, pour ce qu’elle est, et non pas pour ce qu’elle parait. Pouvoir l’aimer, sans même être aimé en retour. Et lui dire, un soir, au creux de l'oreille : "A mes yeux, tu es la plus belle fille du monde"

 

 

 

FIN

Par Laurent Briet
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Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /Mai /2009 14:48

 

Y’en a qui en font le tour, la traversent de part en part. La coupent en son milieu comme une flèche transperce le cœur. Qui se rejoignent au centre, là où tout est plus dense. Puis qui s’espacent, se disent au revoir avant de partir chacun dans leur direction. Quitter les immeubles, retraverser les routes, retrouver les jardins des pavillons de banlieues.

Loin de la ville, il y a les champs, et à perte de vue, le silence. La civilisation se répand par petites touches, et n’a pas atteint les campagnes. Ici, le temps passe lentement. Les familles vivent ensemble depuis des générations,liées par l’amour et l’habitude. Ceux qui ont refusé l’exode et l’attrait de la grande ville restent attachés à leur terre. Planter, semer, et voir les efforts récompensés l’année d’après. Patient et éternel effort. Chaque jour est différent, chaque année est unique. Et les campagnards restent là, gratifiant de leur présence la terre qui les nourrit. Les générations suivent, le fils aîné reprend le flambeau, par choix ou par défaut. Et le cycle continue.

 

Un jour, le fils s’assoit à la table de bois. D’une voix douce, il dit à ses parents fermiers qu’il ne veut pas de leur vie. Qu’il veut partir vers la grande ville. Retrouver un cousin, une tante, les promesses d’une vie différente. Les parents s’attendaient à entendre ce discours. Eux-mêmes avaient eu l’attrait de la tentation urbaine à l’époque. Mais ils savent que le fiston court à sa perte. Qu’il va s’user plus vite, au corps et à l’âme. Que ses illusions ne tiendront pas face à la réalité. Il partira quand même, suivre son chemin. Il s’apercevra vite de la dureté de son choix. Il oubliera ses rêves au fur et à mesure, dans le quotidien qui rattrape toujours. Il passera sa vie dans le béton et l’ennui, sans jamais se plaindre. Et puis, un jour, il reviendra sur ses terres. Retrouver le silence et la mesure du temps. Regarder l’aube se lever sur la fin de sa vie. Prendre enfin la relève du père. Se souvenir une dernière fois de sa vie, de sa ville. Sans un regret, sans un remord.

Par Laurent Briet
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Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /Mai /2009 14:47


Travailler.

Tous les matins, se lever.

Aller mêler ses pas aux autres, se faire avaler par les canalisations souterraines sans fin. Prendre le gros ver de fer, qui charrie tous ces pas perdus vers leurs lieux de travail.

J’entends une dame qui se plaint, qui dit qu’elle était mieux ailleurs, qu’il n’y a plus de respect. A grands coups de généralités, elle a un mot doux pour tout le monde. De quoi être dégoûté.  Iil n’y a plus une parcelle d’espoir. J’ai oublié mon baladeur et dois supporter ses propos. J’aime pourtant me relaxer avant le boulot.

 

Les gens descendent, et montent. Certains sont bien habillés et rasés de près. Un homme en cravate rouge attend avec impatience de pouvoir donner des ordres. Une femme en tailleur est prête à assumer son rôle d’employée et à appliquer ces mêmes ordres. Ils ne travaillent pas ensemble, mais c’est toujours la même histoire.

Demain, ils seront encore là, ou leurs collègues.

Tous les jours, sans broncher, aller gagner son pain. Résister, toujours résister. Quand le réveil sonne, que j’aimerais tout abandonner. Et que, chaque matin, je perds un peu de courage.

La dame a arrêté de se plaindre. Je l’entends dire qu’on a de la chance d’être en vie et en bonne santé. Je ne regrette plus d’avoir oublié mon walkman. Il reste bien quelques gouttes d’espoir. Je les bois jusqu’à la lie et m’enivre quelques secondes.

 

Je sors de terre retrouver l’extérieur. Mes pas accompagnent ceux de la foule docile qui rejoint ses bureaux. Prenant son mal en patience jusqu’au soir, où l’esprit fatigué sera libéré, pour quelques heures encore. Jusqu’à demain, où le cycle recommencera. Encore et encore, sans plus jamais s’arrêter.

Par Laurent Briet
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